Crise sanitaire et finances publiques (2/3) : La crise sanitaire continue de faire plonger les comptes de la Sécu

La crise sanitaire continue de faire plonger les comptes de la Sécu (Par François Béguin et Raphaëlle Besse Desmoulières, 3 juin 2020)

Le chiffre a de quoi donner le tournis. Mardi 2 juin, Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, a annoncé, devant la commission des finances et celle des affaires sociales de l’Assemblée nationale, que le déficit de la Sécurité sociale devrait atteindre 52,2 milliards d’euros en 2020. Un montant « historique » et « extrêmement inquiétant », selon lui. Et pour cause : il est supérieur de plus de 10 milliards d’euros à la première prévision que le ministre avait dévoilé le 22 avril (– 41 milliards d’euros) devant le Sénat. Le précédent record de 28 milliards d’euros datait de 2010, au plus fort de la crise financière qui avait éclaté deux ans plus tôt.

La crise sanitaire, qui a entraîné un brutal coup d’arrêt de l’économie hexagonale, a fait plonger « dans le rouge les comptes publics de manière générale et singulièrement les comptes sociaux », a souligné M. Darmanin. Et fait voler en éclats les projections du gouvernement. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020, votée en fin d’année dernière, avait anticipé un déficit de 5,4 milliards d’euros pour cette année. Au début du quinquennat, encouragé par une conjoncture économique favorable, l’exécutif espérait pouvoir atteindre l’équilibre dès 2019. Mais les concessions budgétaires faites en 2019 aux « gilets jaunes » ont eu raison de cette ambition, décalée à 2023. Interrogé mardi sur le sujet, M. Darmanin a de nouveau repoussé cette échéance. Selon lui, « on pourrait imaginer » ce retour dans le vert à « l’horizon de l’année 2024-2025 », mais ce n’est pas « un objectif pour l’instant totalement affiché, comme nous ne connaissons pas exactement la base de laquelle nous partirons cette année ».

Plusieurs facteurs expliquent cette chute spectaculaire. La masse salariale, qui constitue la principale source de recettes, s’est contractée sous l’effet du repli des embauches. Le recul passe ainsi à 9,7 % contre 7,5 % envisagé en avril. Les annulations de cotisations patronales prévues dans certains secteurs (restauration, hôtellerie, sport…) représentent, elles, 3,5 milliards d’euros de moins pour la « Sécu » mais elles seront « compensées par l’Etat », a précisé M. Darmanin. Elles ne contribueront donc pas à l’aggravation du déficit. En revanche, Bercy a pris en compte une « provision de 5 milliards » d’euros pour les reports de cotisations accordées aux entreprises et dont le paiement pourra être étalé sur trente-six mois.

L’addition pourrait encore gonfler

Côté dépenses, la facture de la crise du Covid s’alourdit encore un peu plus pour la branche maladie. Selon l’avis du Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie publié le 30 mai, les 8 milliards d’euros de dépenses supplémentaires annoncés en avril pourraient être dépassés. Selon ses calculs, c’est en réalité au moins 9,5 milliards d’euros que l’Etat a engagés au cours de cette crise : 4 milliards pour les médicaments, respirateurs et masques, 1,5 milliard pour les arrêts de travail dérogatoires, 2 milliards pour les primes des personnels soignants à l’hôpital, 1 milliard pour des dispositifs exceptionnels en médecine de ville et, enfin, 1 milliard pour des primes dans le secteur médico-social.

L’addition pour la « Sécu » pourrait encore gonfler ces prochaines semaines. Lors du lancement du « Ségur de la santé » lundi 25 mai, le premier ministre, Edouard Philippe, s’est engagé à une revalorisation « significative » des salaires des personnels soignants. Cette dernière, dont le montant reste à définir, sera inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 qui sera discuté devant le Parlement à l’automne prochain, a précisé M. Darmanin. L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie pourrait à cette occasion encore grimper. Fixé à 2,45 % l’an dernier par les parlementaires, il devrait passer lors de la présentation du texte la barre des 6,5 %.

Face à cette nouvelle donne, le gouvernement n’envisage pas de faire un PLFSS rectificatif et préfère attendre « que les choses se stabilisent, ce qui va commencer à être le cas avec ce déconfinement », selon le ministre. Ce déficit record à plus de 50 milliards d’euros met-il en danger la protection sociale à la française ? « Disons qu’il va falloir faire des choix » pour trouver des sources d’économies, répond un fin connaisseur du dossier. Assurance maladie, chômage ou retraite : pour lui, pas de doute, la protection sociale « sera un sujet majeur de la présidentielle de 2022 ».

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