Crise sanitaire et finances publiques (1/3) : le déficit budgétaire plonge

On commence à y voir plus clair sur l’impact de la crise sanitaire COVID-19 pour les finances publiques. L’occasion donc de faire le point sur cette question, à travers 3 articles du Monde, qui ne va pas manquer d’alimenter le débat public dans les mois (années?) qui viennent une fois l’urgence sanitaire dépassée. La dette française va certainement dépasser le seuil de 115% du produit intérieur brut en fin d’année, conséquence des mesures de soutien à l’économie face à la crise sanitaire.

La crise fait plonger le déficit budgétaire (Par Bertrand Bissuel, mercredi 3 juin 2020)

Les finances de l’Etat ne cessent de s’enfoncer dans le rouge, sous l’effet de la crise déclenchée par l’épidémie de Covid-19. Mardi 2 juin, Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, a dévoilé une nouvelle évaluation du déficit budgétaire pour 2020 : − 220 milliards d’euros. Un montant stratosphérique, qui est supérieur de 36,5 milliards à celui inscrit dans le projet de loi de finances rectificatives adopté au Parlement en avril. Une fois de plus, l’exécutif a dû corriger ses prévisions, les incidences de la récession s’avérant encore plus négatives que celles anticipées il y a quelques semaines.

M. Darmanin a présenté ces chiffres alors qu’il était auditionné, mardi, par la commission des finances et par celle des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Un trou d’une telle ampleur dans les caisses de l’Etat a peu d’équivalent dans notre histoire. « Je pense qu’il faut remonter aux années de guerre ou à la crise de 1929 pour retrouver des niveaux de déficit de cette ampleur », commente François Ecalle, fondateur du site Fipeco d’analyse des finances publiques. Une appréciation qu’il avance toutefois avec prudence car les comptes nationaux n’ont commencé à être dressés qu’à partir de la fin des années 1940 : les « estimations disponibles » pour la période antérieure « sont des reconstitutions fragiles », signale-t-il.

Pour spectaculaire qu’elles soient, les données révélées mardi ne constituent pas tout à fait une surprise. Quelques heures avant la prise de parole de M. Darmanin lors d’une visioconférence avec des députés, le ministère des comptes publics avait publié d’autres statistiques, elles aussi éloquentes : à la fin avril, le déficit budgétaire a atteint − 92,1 milliards d’euros, soit presque 25 milliards de plus par rapport au solde enregistré un an plus tôt. Un écart qui, selon Bercy, « s’explique notamment » par l’impact du brutal ralentissement de l’activité, à partir de la mi-mars.

« Le plus dur est devant nous »

Pour amortir le choc, les pouvoirs publics ont accru leurs « dépenses d’intervention », par exemple en participant au financement du chômage partiel (+ 5,5 milliards d’euros) et en alimentant un « fonds de solidarité pour les entreprises » (+ 1,5 milliard d’euros). Les recettes de l’Etat, elles, ont souffert du coup de frein infligé à l’économie : ainsi, les rentrées liées à la TVA ont dégringolé (− 11,3 milliards par rapport à la fin avril 2019), en raison de la chute de la consommation mais aussi de « l’accélération des remboursements » de cette taxe. De même, l’impôt sur les sociétés a vu son rendement baisser (de 4,3 milliards), en grande partie à cause des « reports de paiement des échéances fiscales ».

Le fait que M. Darmanin revoie à la hausse sa projection de déficit est d’autant moins étonnant que la récession s’annonce pire que prévu : elle pourrait déboucher sur une diminution du produit intérieur brut (PIB) de 11 % en 2020, comme l’a indiqué, mardi, Bruno Le Maire, le ministre de l’économie. Jusqu’à maintenant, le gouvernement évoquait plutôt un ratio de − 8 %. « Le plus dur est devant nous », a admis M. Le Maire.

Dans ce contexte, « le déficit devrait passer mécaniquement à presque 11 % du PIB », pronostique M. Ecalle. En prenant en considération les « mesures nouvelles » qui doivent être annoncées prochainement pour stimuler l’activité, ce ratio pourrait même, selon lui, se rapprocher de 12 %, soit bien au-dessus de la barre des 3 % fixée dans le traité de Maastricht.

Améliorer le pouvoir d’achat

Le fardeau financier endossé par l’Etat est, certes, « extrêmement important mais on sait pourquoi on le fait et comment on le finance », temporise Laurent Saint-Martin, député LRM du Val-de-Marne et rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale. L’objectif, plaide-t-il, est de soutenir l’économie, ce qui passe par un recours à la dette. Même si les sommes en jeu s’avèrent colossales, il ne faut pas céder au catastrophisme, pour le député macroniste : les taux d’intérêt sur les marchés sont bas, ce qui offre des « facilités » pour emprunter à moindre coût. Et la « signature de la France » – c’est-à-dire son image vis-à-vis des investisseurs – reste « excellente », souligne-t-il.

Présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault se montre un tout petit peu moins affirmative que son collègue LRM : d’après elle, le risque que notre pays se heurte à des difficultés accrues pour lever des fonds sur les places financières « n’est pas que théorique ». L’important, ajoute-t-elle, est de faire repartir la croissance, en améliorant – entre autres – le pouvoir d’achat des ménages, ce que l’exécutif n’a pas assez fait, à ses yeux. « Tout retard pris dans la relance est un retard pris sur le rééquilibrage de nos finances publiques ou, à tout le moins, sur la résorption des déficits », complète Eric Woerth, député LR de l’Oise et président de la commission des finances à l’Assemblée.

Des dispositions ont déjà été arrêtées pour épauler plusieurs secteurs durement touchés (tourisme, hôtellerie-restauration, industrie automobile). D’autres doivent être présentées, le 10 juin, dans le cadre d’un projet de loi de finances rectificatives – le troisième depuis le début de la crise. Elles concerneront notamment l’aéronautique, a précisé, mardi, M. Le Maire, tout en incluant des compensations financières allouées aux collectivités locales

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