La BCE brise un nouveau tabou pour défendre l’euro

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Une nouvelle étape a été franchie par la BCE dans cette période exceptionnelle. Après les mesures inédites prises lors de la crise de la zone Euro et notamment le fameux « Quantitative Easing » lancé en janvier 2015, la BCE a fait le choix d’une nouvelle intervention massive pour sauver les économies européennes durement frappées par les conséquences de la crise sanitaire actuelle. C’est ainsi un Quantitative easing 2.0 qui se prépare.

En réponse à une crise, la réaction habituelle d’une banque centrale est de diminuer les taux d’intérêt. Cette baisse des taux se propage dans toute l’économie via les banques, ce qui soutient les agents économiques endettés (ménages, entreprises, État…).
De plus, des taux réduits stimulent le crédit, et donc l’investissement et la consommation, ce qui soutient l’activité économique. La variation des taux d’intérêt représente le principal outil de politique monétaire des banques centrales.

Parfois, la baisse des taux ne suffit pas à relancer l’économie, dans ce cas, une banque centrale peut prendre d’autres mesures.

Elle peut ainsi relâcher les contraintes règlementaires pesant sur les banques commerciales pour les inciter à distribuer plus de crédit. Un autre outil consiste à effectuer des rachats d’actifs via les banques centrales, appelé assouplissement quantitatif (ou QE). En rachetant des actifs, notamment des obligations d’État, la banque centrale fait baisser les taux et facilite le financement de la dette publique à moindre coût.

Quelles sont les actions de la BCE face à la crise du Covid-19 ?

Lorsque l’épidémie de Covid-19 s’est propagée à travers le monde, la plupart des banques centrales ont logiquement baissé leurs taux d’intérêt. Cependant, le taux directeur de la BCE était déjà à 0 % lorsque le virus s’est propagé, ce qui empêche toute nouvelle baisse. La BCE a dû se tourner vers d’autres mesures.

Une banque centrale peut placer ses taux d’intérêt directeur en territoire négatif, comme cela s’est vu en Suède. Les gains d’une telle stratégie sont cependant contestés, c’est pourquoi la plupart des banques centrales limitent la baisse des taux à un plancher de 0 %.

En réponse à la crise, la BCE a annoncé un plan colossal de rachat d’actifs (principalement des obligations d’État) appelé « Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP) ». Ce programme vise à racheter 750 milliards d’euros d’actifs d’ici la fin de l’année 2020. Avec ces rachats, la BCE cherche à faire baisser les taux auxquels s’endettent les États.

En effet, des pays comme l’Italie, durement touchés par l’épidémie, connaissaient une hausse des taux sur la dette publique car les investisseurs doutent de la solvabilité du pays. Cette situation pourrait devenir dramatique car les États pourraient se retrouver étranglés par la hausse des taux, et donc incapables de soutenir leurs économies paralysées par le virus.

En annonçant un gigantesque programme de rachat d’actifs, la BCE affirme qu’elle est prête à soutenir les États. Autrement dit, la BCE garantit la solvabilité des États grâce à sa capacité illimitée de création monétaire.

La BCE avait déjà lancé des programmes de rachat d’actifs ces dernières années pour soutenir les États européens. Le PEPP présente cependant une particularité, car il permet à la BCE d’acheter les titres de l’État qu’elle souhaite, alors que les précédents plans impliquaient des achats de titres de l’ensemble des pays simultanément.

La BCE se dote donc d’un instrument nouveau permettant d’aider un État en particulier (notamment l’Italie, aujourd’hui en grande difficulté sanitaire, économique et budgétaire).

Plus précisément, l’institution s’autorise à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays pour son programme de rachats d’actifs de 750 milliards d’euros. Une mesure extraordinaire pour soutenir certains pays en difficulté, mais qui pourrait la conduire à être accusée de financer les déficits des Etats…

C’est ainsi un nouveau tabou qui saute car la limite de 33% existe pour que l’institution ne soit pas accusée de financer directement le déficit des Etats de la zone euro. C’est d’ailleurs un des points qu’avait souligné la Cour de justice européenne, lorsqu’elle avait jugé l’action de la BCE licite en 2018. Cette dernière pourrait être accusée à nouveau par les tenants d’une politique monétaire plus traditionnelle, mais elle pourrait s’en sortir dans la mesure où ce programme ne devrait pas durer au-delà de la fin de cette année.

Enfin, la BCE, qui est responsable de la supervision bancaire (avec l’autorité bancaire européenne), incite les banques à distribuer des crédits, notamment en permettant un relâchement temporaire des règles comptables IFRS9.

Cette mesure vise à prévenir une contraction brutale du crédit, alors que de nombreuses entreprises font face à d’urgents besoins de trésorerie.

 

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