Enquête PISA 2018 : l’école française toujours aussi inégalitaire

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Selon l’enquête internationale, la France est le pays où l’origine socio-économique explique le plus la progression des scores.

Une fois de plus, la France peut mieux faire. Dans l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis) réalisée en 2018 auprès de 600 000 élèves de 15 ans dans 79 pays et rendue publique par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle se classe très légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (avec 487 points) pour les compétences en « compréhension de l’écrit » – le thème majeur de cette nouvelle édition.

Avec un score de 493 points, les Français, évalués à partir d’un échantillon de 6 308 personnes représentatives des quelque 750 000 élèves de 15 ans, se situent entre la 15et la 21e place des pays de l’OCDE. Soit au même niveau que l’Allemagne, la Belgique ou le Portugal… Mais loin derrière les pays les plus performants comme le Canada, la Finlande ou le Royaume-Uni. En « culture scientifique » et en mathématiques, la France est également au-dessus de la moyenne de l’OCDE (495 points contre 489).

Enfin, en résultats bruts, les performances des Français en compréhension de l’écrit et en culture scientifique sont stables par rapport à l’année 2000, date de la première enquête PISA. En mathématiques, après avoir baissé entre 2003 et 2006, les résultats se sont stabilisés.

  • La France, toujours championne des inégalités, stabilise les écarts

Les inégalités sociales restent le point noir des résultats français dans les enquêtes PISA, et l’édition 2018 ne fait pas exception. La France est le pays où l’origine socio-économique explique le plus la progression des scores.

L’écart y est de 107 points entre les élèves les plus favorisés (550 points) et les plus défavorisés (443 points), un score largement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (89 points). Cette contre-performance classe l’Hexagone dans le palmarès des pays les plus inégalitaires, à un rang comparable à celui de l’Allemagne et de la Belgique.

Les pays de l’OCDE connaissant une différence encore plus marquée sont peu nombreux – on y trouve Israël et le Luxembourg. En revanche, le creusement des inégalités a aujourd’hui cessé. « La chute, nettement marquée entre 2003 et 2012, est enrayée, souligne Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE. Mais il faut maintenant résorber l’écart. » Le solide « noyau » d’élèves en grande difficulté – ces fameux 20 % qui ressortent d’une enquête à l’autre – est toujours là, en mathématiques comme en compréhension de l’écrit.

Sur ce point, la France doit relever un véritable défi, car elle est aussi l’un des pays qui concentrent le plus la difficulté scolaire. Au lycée, les élèves les plus faibles sont plus souvent regroupés dans les mêmes établissements qu’ailleurs dans l’OCDE, et un élève défavorisé n’a qu’une chance sur six de fréquenter le même lycée qu’un élève qui a de très bons résultats – même s’il faut pondérer ce résultat au regard de l’existence de différentes filières (lycée professionnel, lycée général et technologique). « Il reste essentiel d’éviter de créer des établissements défavorisés, plaide Pauline Givord, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE. La mixité sociale n’est pas neutre sur l’évolution des écarts de niveau. »

  • Les élèves défavorisés se projettent moins dans l’avenir

L’édition 2018 de PISA met cependant en lumière une nouvelle donnée : la capacité des élèves à se projeter dans l’avenir.

Là encore, Pisa révèle de nouveau de forts écarts selon l’origine sociale. Même quand ils ont de bons résultats, les jeunes issus de milieux défavorisés sont moins nombreux à envisager des études supérieures. « 20 % des élèves défavorisés qui ont de bons résultats dans PISA n’envisagent pas des études supérieures malgré leurs performances scolaires », souligne Pauline Givord, alors qu’ils ne sont que 7,5 % parmi les catégories favorisées.

Une forme d’« autocensure » jugée « préoccupante » par l’organisation internationale, même si, sur ce plan, les élèves français d’origine défavorisée sont plutôt plus optimistes que la moyenne, à origine sociale égale. En effet, dans l’OCDE, environ 30 % des élèves défavorisés mais performants sur le plan scolaire n’envisagent pas d’études supérieures.

  • Les élèves français se sentent peu soutenus par leurs enseignants

Il y a cependant un point qui met tous les élèves français d’accord : ils ne sont que 57 % à déclarer que leurs enseignants « s’intéressent à leurs progrès », contre 70 % dans l’OCDE – et cette opinion est plus répandue dans les établissements favorisés.

Les jeunes Français sont aussi plus nombreux à regretter le manque de retours sur leur travail, par rapport à leurs homologues dans le reste de l’OCDE. Ces résultats, basés sur le ressenti des élèves, concordent avec l’opinion de leurs enseignants.

Dans l’enquête Talis de 2018 – également organisée par l’OCDE – qui interroge les enseignants sur leurs conditions de travail, les Français étaient plus nombreux que la moyenne à trouver qu’ils manquaient de formation pour gérer l’hétérogénéité des niveaux dans une même classe et organiser le suivi individualisé.

  • Les lycées français ont plus de mal à se financer que la moyenne

De même, les proviseurs de lycée français, quel que soit le profil de leur établissement, sont plus nombreux que leurs confrères du reste de l’OCDE à déclarer manquer significativement de matériel. Pour 35 % des élèves inscrits dans l’enseignement public (30 % dans l’OCDE), cette pénurie entrave la « capacité de l’établissement à dispenser un enseignement ».

  • En France, le climat scolaire est plutôt bon

Malgré ces très fortes disparités dans les chances de réussite, la France ne démérite pas sur le climat scolaire. Les enfants y déclarent avoir de bonnes relations avec leurs camarades de classe, et ils sont huit sur dix à dire se faire facilement des amis à l’école ; 7 % d’entre eux déclarent s’être fait harceler fréquemment, alors que la moyenne est à 8 % dans l’OCDE.

Pour l’ensemble des répondants, le fait de déclarer un harcèlement régulier est corrélé à de faibles résultats en compréhension de l’écrit. Là encore, les résultats de PISA concordent avec les enquêtes de victimation réalisées à l’échelle nationale.

Selon la DEPP, le service des statistiques du ministère de l’éducation, les lycéens français étaient 94 % à se sentir bien dans leur établissement en 2018.

PISA évalue des compétences « du quotidien » plutôt que des performances scolaires

C’est l’une des spécificités de l’enquête PISA : inviter les jeunes à utiliser leurs compétences dans des mises en situation qui reproduisent au maximum celles de la vie courante, plutôt qu’observer leur maîtrise des programmes. Les jeunes ne sont d’ailleurs pas évalués à un niveau précis de leur scolarité : tous les élèves de 15 ans, qu’ils soient en retard (pour 17,3 % d’entre eux) ou en avance (3,1 %) sont représentés dans l’échantillon des répondants. Pour l’édition 2018, en compréhension de l’écrit, l’enquête questionne la « littératie », définie comme « la capacité des élèves à utiliser leurs connaissances dans des situations de la vie quotidienne, et à analyser, raisonner et communiquer de manière efficace ».

Dans l’un des exercices, les élèves doivent imaginer qu’ils sont chargés de soigner un animal. Ils naviguent sur un forum qui ressemble à la communauté en ligne Doctissimo et l’on mesure leur capacité à comprendre les réponses, à choisir la plus pertinente, ou à éliminer les contenus promotionnels sans rapport avec le sujet.

Dans un autre exercice, ils sont invités à faire une recherche sur l’île de Pâques pour leur cours (fictif) d’histoire. Ils doivent lire trois textes : un post de blog, une critique littéraire et un article de vulgarisation scientifique. Après plusieurs questions de compréhension, ils sont invités à recouper les informations en naviguant d’un texte à l’autre, exactement comme s’ils effectuaient une recherche sur Internet pour un exposé.

Par la nature même de l’exercice – plusieurs sources, sur plusieurs pages – on évalue tout autant la capacité à « se débrouiller » sur Internet, à comprendre les différents niveaux de source et à faire fonctionner son « esprit critique » en distinguant les faits des opinions.

PISA 2018 veut ainsi « refléter » les changements dans les habitudes des jeunes interrogés, qui lisent de plus en plus sur Internet et de moins en moins de magazines et de journaux, selon l’enquête. Les élèves français déclarent ainsi passer vingt-huit heures par semaine sur Internet en dehors de l’école – soit six heures de plus qu’en 2015, et une heure de plus que la moyenne de l’OCDE.

 

Violaine Morin, Le Monde, 3 décembre 2019

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